Fabriquer son savon liquide : 4 méthodes, de la base prête à l’emploi à la potasse (KOH)

Créer son propre savon liquide peut sembler aussi simple que de diluer un pain de savon dans de l’eau. En pratique, le niveau d’exigence varie considérablement d’une technique à l’autre : vous pouvez concevoir un soin lavant en un quart d’heure chrono ou consacrer tout un après-midi à la saponification à chaud à base de potasse caustique. Pour faire ses premiers pas, la solution la plus directe consiste à utiliser une base prête à l’emploi : il suffit alors de l’ajuster avec de l’eau déminéralisée, d’y ajouter un parfum et, dès lors que la formule intègre une phase aqueuse, un conservateur adapté. En revanche, si vous souhaitez maîtriser la formulation de bout en bout à partir d’huiles végétales brutes, l’usage de l’hydroxyde de potassium (KOH) s’impose, assorti de règles de sécurité très strictes.

Voici un tour d’horizon complet des quatre grandes méthodes de fabrication, complété par des exemples de calculs concrets et les pièges à éviter.

Quelle méthode correspond le mieux à votre projet ?

Méthode Niveau Ingrédients et matériel clés Conservateur requis ?
Base prête à l’emploi Débutant Base concentrée, eau déminéralisée, fragrance Oui, sauf si la base commerciale en contient déjà un
Formule maison aux tensioactifs doux Intermédiaire Decyl glucoside, bétaïne, glycérine, gomme xanthane Oui
Saponification à chaud (KOH) Avancé Huiles végétales, KOH, balance de précision, EPI Indispensable dès l’étape de dilution
Recyclage de savon solide Débutant Savon en pain râpé, eau Oui, sous peine d’une altération très rapide

Pour choisir en un coup d’œil :

  • En quête d’une solution rapide et facile à personnaliser ? Privilégiez la base prête à l’emploi.
  • Soucieux de composer une formule sur mesure avec des tensioactifs ciblés ? Optez pour la recette maison.
  • Désireux de pratiquer la véritable savonnerie artisanale à froid ou à chaud ? Tournez-vous vers la saponification à la potasse (KOH).
  • Envie de revaloriser vos chutes de savons solides ? Choisissez la méthode du savon râpé, en veillant tout particulièrement aux règles d’hygiène et de conservation.

Fabriquer du savon liquide à partir d’une base prête à l’emploi

Une base de savon liquide est déjà entièrement saponifiée par le formulateur. Votre travail se résume donc à la diluer, la parfumer et, si vous le désirez, la teinter. C’est le cas du savon de Castille liquide de YouWish, un concentré formulé à partir d’huiles biologiques de coco et de tournesol. Vous trouverez d’autres déclinaisons dans notre sélection de bases de savon liquide.

Le taux de dilution dépend directement de la concentration du produit. Si certaines bases pour les mains, comme celles de The Soap Kitchen, supportent jusqu’à 2 volumes d’eau pour 1 volume de concentré, d’autres pâtes très épaisses (à l’instar de celles de BrambleBerry) exigent jusqu’à 4 volumes d’eau pour 1 volume de savon. Reportez-vous en priorité à la notice technique du fabricant. En l’absence d’indication claire, commencez toujours par un ratio prudent avec peu d’eau, puis observez la tenue de la texture.

Exemple de calcul pour obtenir 500 g de savon pour les mains avec une base tolérant un ratio de dilution 2:1 :

  1. Pesez 167 g de base de savon (soit un tiers du mélange global).
  2. Ajoutez 333 g d’eau déminéralisée. Évitez l’eau du robinet : ses sels minéraux et son calcaire font rapidement virer le savon au trouble.
  3. Mélangez doucement, à la spatule ou à la cuillère, sans battre pour éviter la formation d’écume.
  4. Intégrez votre fragrance : pour un dosage à 1 %, comptez 5 g de parfum pour 500 g de préparation.
  5. Ajustez la viscosité si nécessaire à l’aide d’une solution saline (détaillée ci-dessous), puis conditionnez en flacon-pompe.
Savon pour les mains dans un flacon-pompe en verre

Doser le parfum et les colorants

Le pourcentage d’huile parfumée dépend de la texture initiale de la base et de la puissance olfactive de la fragrance. Pour une base lavante déjà épaissie, mieux vaut ne pas dépasser 1 % de concentré de parfum : un surplus a vite fait de déstructurer le gel et de rendre le liquide laiteux. La plupart des fiches techniques recommandent un dosage situé entre 1 et 3 % dans un savon liquide. Commencez par la fourchette basse et adaptez au besoin. Pour trouver l’accord parfait, explorez notre gamme d’huiles parfumées.

Pour colorer votre préparation, utilisez exclusivement des colorants hydrosolubles. Une base de dosage courante consiste à introduire entre 2 et 6 gouttes pour 450 g de produit fini afin d’obtenir un ton pastel à intermédiaire. Incorporez le colorant au compte-gouttes, en homogénéisant bien entre chaque goutte jusqu’à parvenir à la nuance recherchée.

Épaissir à l’eau salée : astuces et alternatives

Votre savon dilué vous paraît trop liquide ? Vous pouvez l’épaissir à l’aide d’une saumure saturée à environ 25 % (soit 1 part de sel de table non iodé dissoute dans 3 parts d’eau distillée tiède). Versez ce mélange très progressivement, presque goutte à goutte, tout en remuant calmement. The Soap Kitchen recommande de ne pas excéder 4 % de saumure par rapport au volume initial de savon pur. Attention : dépasser le seuil de tolérance produit l’effet inverse en brisant la viscosité, ce qui liquéfie définitivement votre formule.

Notez par ailleurs que toutes les bases ne réagissent pas au chlorure de sodium. C’est notamment le cas de certaines formulations labellisées, comme la base Liquid Soap 101, totalement insensibles au sel. Il faut alors se tourner vers un agent gélifiant comme la gomme de cellulose, la gomme de guar ou la gomme xanthane. Gardez la main légère : un ajout excessif ou trop brutal risque de conférer au savon un aspect trouble et un fini collant sur les mains.

Recette maison de savon pour les mains aux tensioactifs doux

Si les bases prêtes à l’emploi brillent par leur simplicité, elles ne permettent pas d’intervenir sur la composition de base. En formulant vous-même votre soin lavant à partir de tensioactifs doux, vous décidez précisément du pouvoir détergent, du volume de mousse et du soyeux au rinçage. Voici une formule équilibrée pour concevoir environ 500 ml de savon liquide hydratant :

  • 300 ml d’eau déminéralisée
  • 75 ml de decyl glucoside (tensioactif non ionique d’origine végétale très doux)
  • 50 ml de cocamidopropyl bétaïne (tensioactif amphotère pour densifier et stabiliser la mousse)
  • 25 ml de glycérine végétale (agent humectant)
  • 5 g de gomme xanthane (gélifiant naturel)
  • 5 ml d’Optiphen (conservateur à large spectre)
  • 10 à 15 gouttes d’huile essentielle au choix
  • €3.26 €322.27Plage de prix : €3.95€3.26 à €389.95€322.27 incl. T.V.A. inc. T.V.A.Excl. T.V.A.
    Sélectionner les options Ce produit a plusieurs variations. Les options peuvent être choisies sur la page du produit
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La réussite de cette recette tient au respect scrupuleux de l’ordre d’incorporation. Dispersez d’abord la gomme xanthane dans la glycérine végétale jusqu’à former une pâte homogène sans grumeaux. Dans un récipient distinct, versez l’eau, puis intégrez-y la suspension glycérinée en mélangeant calmement. Patientez quelques minutes le temps que le gel prenne consistance. Incorporez ensuite tout en douceur le decyl glucoside et la cocamidopropyl bétaïne afin d’éviter l’émulsion de mousse. Terminez par le conservateur et l’huile essentielle. Laissez reposer une heure pour chasser les bulles d’air avant de mettre en bouteille. Retrouvez toutes les instructions détaillées dans notre guide pas à pas pour fabriquer son savon liquide pour les mains avec une recette simple.

À propos du dosage : 5 ml d’Optiphen pour une préparation d’environ 500 ml représentent un taux de 1 %. Selon les recommandations de son fabricant, cet actif s’emploie entre 0,3 % et 1 % du poids total, dans une préparation tiédie à moins de 80 °C : vous êtes ainsi parfaitement dans la plage d’efficacité requise.

Pour explorer plus en détail les différents types d’agents moussants, consultez notre article sur la fabrication de savon liquide maison à base d’ingrédients naturels.

Fabriquer du savon liquide à l’hydroxyde de potassium (KOH)

Cette méthode ancestrale séduira les passionnés qui souhaitent créer un savon authentique directement à partir d’huiles végétales — par exemple un véritable savon de Castille à base d’huile d’olive. Contrairement aux savons solides formulés avec de l’hydroxyde de sodium (NaOH ou soude caustique), le savon liquide s’élabore à partir d’hydroxyde de potassium (KOH ou potasse caustique), dont les molécules saponifiées se dissolvent parfaitement dans l’eau. Sachez qu’à quantité d’huile égale, la saponification requiert environ 1,4 fois plus de KOH que de NaOH : on ne peut donc en aucun cas transposer telle quelle une formule de savon solide.

La sécurité avant tout

La potasse caustique est un alcali puissant hautement corrosif. Sa mention de danger réglementaire (H314) alerte sur des risques avérés de brûlures cutanées sévères et de lésions oculaires irréversibles. La manipulation exige un équipement de protection individuel irréprochable : gants résistants aux produits chimiques (norme EN 374), lunettes enveloppantes ou visière intégrale, et vêtements couvrants. Travaillez systématiquement dans une pièce bien aérée. Règle d’or absolue : versez toujours la potasse dans l’eau, et jamais l’inverse, sous peine de projections bouillantes. La notice de notre hydroxyde de potassium de qualité cosmétique rappelle l’importance de ces précautions. En cas d’éclaboussure cutanée, rincez immédiatement à l’eau courante tiède pendant 15 minutes sans interruption et consultez un médecin sans attendre.

Calculer la dose exacte de potasse

Chaque matière grasse requiert une quantité déterminée d’alcali, définie par son indice de saponification (indice SAP). Pour calculer la dose brute de KOH nécessaire, divisez la valeur SAP de l’huile par 1 000, puis multipliez le résultat par le poids des huiles. Attention toutefois à un point capital : la potasse destinée à la savonnerie n’est pas pure à 100 %, mais affiche en moyenne un titrage commercial de 90 % (le reste étant constitué d’eau et de carbonates). Si votre outil de calcul part d’une pureté théorique de 100 %, vous risquez d’obtenir un surgras imprévu de près de 10 %, ce qui altérerait la transparence et la tenue de votre savon liquide. Vous devez donc diviser le poids de KOH obtenu par 0,9 (ou paramétrer un calculateur dédié sur un titrage à 90 %).

Prenons l’exemple de 500 g d’huile d’olive pure. L’indice SAP-KOH moyen retenu pour cette huile est de 0,1895. Le calcul donne 500 × 0,1895 = 94,8 g de KOH pure. En tenant compte d’un taux de pureté à 90 %, il vous faudra en réalité peser : 94,8 / 0,9 = 105,3 g de flocons de potasse. Les indices SAP pouvant osciller légèrement d’une table à l’autre, vérifiez toujours vos chiffres sur un calculateur de saponification fiable. Pour maîtriser le dosage de vos réactifs, reportez-vous à notre synthèse sur le calcul de l’eau de lessive.

De la pâte de savon au produit fini

  1. Dissolvez la potasse dans l’eau à température ambiante (en visant généralement une concentration de solution alcaline comprise entre 25 % et 35 %).
  2. Versez cette solution dans vos huiles préalablement chauffées, puis émulsionnez au mixeur plongeant. Faites cuire la pâte ainsi formée au bain-marie ou dans une mijoteuse électrique pendant plusieurs heures, jusqu’à saponification complète (stade translucide).
  3. Effectuez un test de transparence dans un verre d’eau bouillante pour vous assurer de l’absence d’alcali libre ou d’acides gras non liés. Diluez ensuite la pâte dans de l’eau distillée très chaude. Les volumes nécessaires fluctuant d’une recette à l’autre, procédez toujours par ajouts graduels.
  4. Mesurez le pH à l’aide d’un pH-mètre ou de bandelettes de précision. Si la solution s’avère trop basique, neutralisez-la par touches progressives au moyen d’une solution d’acide citrique à 20 % (20 g d’acide citrique pour 80 g d’eau bouillie), en contrôlant le pH après chaque mélange.
  5. Intégrez votre fragrance après complet refroidissement, puis conditionnez dans un flacon propre.

Le pH et son impact sur la peau

Un savon traditionnel obtenu par saponification d’huiles végétales présente une nature alcaline irréductible : son pH gravite naturellement entre 9 et 10, alors que le film hydrolipidique de la peau se situe entre 4,5 et 5,5. Les formules élaborées à base de tensioactifs synthétiques doux ou d’origine végétale (type glucosides) permettent en revanche d’ajuster le produit final à un pH physiologique d’environ 5,5. Il convient toutefois de nuancer : un pH bas ne garantit pas à lui seul une douceur absolue. Une étude clinique parue en 2021 a démontré que la composition chimique et la douceur intrinsèque des agents tensioactifs influencent l’intégrité cutanée tout autant, sinon plus, que la simple valeur du pH. Pour en savoir plus, consultez notre dossier sur le savon au pH neutre.

Fabriquer du savon liquide à partir d’un pain solide

Cette technique de recyclage maison permet de valoriser facilement des chutes de pains solides. Il suffit de râper finement votre savon, de délayer les copeaux dans de l’eau très chaude (non bouillante), puis de patienter jusqu’à dissolution complète. Le dosage est souvent empirique : certaines recettes recommandent environ 50 g de savon râpé pour 750 ml d’eau, d’autres préconisent la dilution d’un pain entier de 100 g dans près de 2 litres d’eau. Plus la proportion aqueuse est élevée, plus le produit gagne en fluidité. Un filet de glycérine végétale peut être ajouté pour assouplir la consistance et éviter la gélification excessive au repos.

Le point faible de cette méthode demeure la conservation microbiologique. L’eau introduite crée un terrain très favorable à la prolifération de moisissures et de bactéries. Si certains amateurs estiment que la basicité du savon suffit à freiner ces contaminations, la majorité des spécialistes en formulation recommandent d’incorporer un agent conservateur à large spectre dès que la préparation est tiède. Sans conservateur, gardez impérativement votre flacon au frais et consommez-le sous quelques semaines. Pour aller plus loin, parcourez nos préconisations sur la conservation et la durée de vie du savon.

Pour peser le pour et le contre de chaque format, consultez également notre analyse : savon liquide ou savon solide : quel est le meilleur choix ?.

Conservateurs : quand sont-ils indispensables ?

La règle est incontournable en cosmétique : dès qu’une formule contient de l’eau libre, la protection microbiologique devient prioritaire. Les savons liquides et les gels lavants constituent, de par leur matrice aqueuse, des milieux fertiles pour les bactéries et champignons microscopiques. Seule la pâte de savon concentrée à la potasse (KOH) non diluée peut se préserver seule grâce à son pH extrême et sa faible teneur en eau libre ; dès l’instant où l’eau de dilution est incorporée, cette protection naturelle s’effondre. Par ailleurs, si certaines bases prêtes à l’emploi contiennent déjà un agent conservateur dans leur formule d’origine, d’autres exigent un ajout systématique de votre part.

Deux règles simples garantissent l’efficacité de vos conservateurs :

  1. Pesez toujours le conservateur avec rigueur en pourcentage du poids total fini, sans jamais vous fier à un dosage approximatif au jugé.
  2. Ajoutez-le toujours dans une formule refroidie sous 40 °C (l’Optiphen tolérant exceptionnellement des ajouts jusqu’à 80 °C).

Des alternatives reconnues comme le Cosgard sont fréquemment employées avec nos bases de savon liquide, tandis que le benzoate de sodium reste un grand classique pour protéger les formules formulées à pH acide.

Pour mieux appréhender les bienfaits des agents hydratants au sein de vos soins, explorez également l’action de la glycérine dans le savon et les soins cutanés.

Vendre ses savons : le cadre légal

Dès lors que vous envisagez de vendre ou de distribuer vos savons liquides, même à petite échelle artisanale, le contexte juridique change radicalement. Les organismes de tutelle (comme la DGCCRF en France ou la NVWA aux Pays-Bas) soumettent l’ensemble de ces produits au Règlement cosmétique européen (CE) n° 1223/2009. Avant toute commercialisation, vous devez impérativement faire valider la formule par un toxicologue indépendant via un Rapport sur la sécurité du produit cosmétique (RSPC / CPSR), constituer un dossier d’information sur le produit (DIP), désigner une personne responsable établie dans l’Union européenne et procéder à l’enregistrement sur le portail CPNP. L’étiquetage est lui aussi strictement réglementé (coordonnées du responsable, liste INCI des ingrédients par ordre pondéral décroissant, DLUO ou PAO). Les produits lavants ne font l’objet d’aucune dérogation, même confectionnés à partir de bases prêtes à l’emploi.

Par où commencer ?

Si vous découvrez l’univers du savon liquide, nous vous recommandons de débuter par la manipulation d’une base prête à l’emploi sur un volume modeste de 500 g. Prenez le temps de peser vos composants au gramme près, travaillez exclusivement avec de l’eau déminéralisée et consignez méticuleusement chaque étape dans un carnet d’essais. Dès que vous maîtriserez les interactions entre épaississants, fragrances et conservateurs, vous pourrez concevoir vos propres mélanges à base de tensioactifs doux, avant d’aborder la saponification à chaud à la potasse (KOH).

Pour rassembler votre matériel et trouver des matières premières de qualité, explorez notre univers dédié au savon liquide et shampoing.

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